J'ai profité de quelques jours pendant lesquels je me suis mis en vacances de mon blog citoyen, pour lire. Un premier livre (réflexion journalistique), puis un second, littéraire. Et bien que je n'en prenne presque plus le temps, j'aime toujours autant lire, et en particulier des livres de ce tonneau là! Je me l'étais fait offrir il y a longtemps, et depuis j'entendais régulièrement que ce livre était excellent.
J'avais adoré un autre livre espagnol, et la qualité de traduction en français de l'Ombre du Vent, qui restituait tous les plaisirs de la langue de Cervantes dans celle de Molière, avec un auteur accompli. Avec les Soldats de Salamine, je n'ai pas retrouvé les accents de cette langue (que j'aime pour un tas de raisons), mais j'ai découvert un livre qui tout en mêlant récit réel et enquête journalistique, presque policière, dans un épisode de la fin de la guerre civile espagnole déroulé 60 ans plus tôt, construit une oeuvre de littérature qui m'a dévoré une nuit blanche.
Le début était pourtant pénible, avec ce romancier journaliste qui est dans les remous de sa vie, ceux plutôt en bas, qui transcrit bien son état d'esprit et de méforme lors de sa découverte de cet incident presque anecdotique de la guerre d'Espagne. On le perçoit tel qu'il est, dans ses répétitions qui tournent parfois un peu en boucle, mais on accroche avec lui sur l'intérêt de cet épisode particulier de la fin du conflit.
La deuxième partie, il nous la sert avec talent, et on apprend l'histoire complète de ce moment un peu incroyable de la vie des quelques personnages réels qui l'ont vécu. Et on lit avec soulagement la progression par rapport à cette amorce pénible et qui devait nous conduire à ce second morceau, le vrai.
Enfin presque, parce que l'auteur nous a fait zapper un détail, rangé au rayon des enquêtes impossibles. Mais voilà, le livre a une troisième partie. Et en tombant sur sa page de garde, je me suis bien demandé où elle allait m'emmener avec son intitulé improbable: rendez-vous à Stockton!!!
Cette troisième partie m'a fait décoller, renaître à la vie dans le sillage de Javier Cercas, dont la plume traduit cette renaissance: et tout est justifié, ce style en boucle du premier chapitre volontairement éreintant, les parenthèses dans lesquelles il nous avait promené, la description de son chemin d'enquêteur indécis. Sa troisième partie, son "rendez-vous à Stockton" est une peinture de l'humanité bouleversante, que j'ai fini pantelant, avec les deux avant-dernières pages qui révèlent tout le génie et le travail de construction du livre, par un feu d'artifice d'une seule phrase qui légitime toute la progression.
J'allais oublier: Javier Cercas enseigne la littérature. Je ne sais pas comment il l'enseigne, mais il l'a magistralement digérée.