Cette photo a été prise par Marta 1 an et 1 jour avant LE 11 septembre, au pied du WTC.
Un an et un jour plus tard, pour répondre à la question de Christophe, je n'étais pas à NY cette fois mais en Malaisie, dans le trou du cul du monde sur une île déserte (Seri Boat) de la côte est où nous avions bivouaqué avec le petit bateau d'un pote.
Et du fait du décalage horaire, j'ai échappé plusieurs jours aux images : l'attentat a eu lieu pendant que nous roulions en nocturne direction l'appart de mon pote Pierre à Singapour (et il avait eu la bonne idée de ne jamais y brancher sa télé). Avec lui et ma soeur Carine, nous nous sommes sentis très seuls au monde dans cette bagnole, sur cette route traversant la jungle, et avec la radio qui au milieu de phrases en malais lâchait des mots en anglais : New York, World Trade Center, Pentagone...
A mi chemin, nous avions été alertés par un premier sms de Charly basé à Dakar, qui prévient Pierre qu'un avion s'est écrasé dans le WTC : Pierre qui vole en paramoteur et connaît un peu l'aérien déplore que la réglementation américaine qui permet à beaucoup de gens de voler ait pu favoriser l'accident d'un petit coucou sur un gratte-ciel New-Yorkais... Je lui objecte que l'an passé, sous les tours, j'avais été frappé par les avions de ligne passant dans l'axe des buildings : Marta sur ma photo essayait d'en immortaliser un juste au moment où il survolait les tours jumelles. Pour moi c'est plus probable qu'un avion de ligne a eu un accident.
Un quart d'heure plus tard, un copain australien basé à Singapour nous clarifie les choses : le deuxième avion venait de s'écraser. Dans la voiture, dans nos têtes, la troisième guerre mondiale vient d'éclater, et je me dis de suite que je ne suis peut-être pas près de revoir la France. Le lendemain seulement, toujours sans images vidéo de l'événement, j'ai envie de gerber en découvrant en Une des journaux de Singapour et de la presse internationale, les images des gens qui se jettent dans le vide du haut des tours. Je ne verrais tout ça à la télé que 5 jours plus tard, de retour à Paris.
Quelques temps après, une dépêche sur Yahoo actu fera écho à mon sentiment depuis cette date. Et puis je repense à une autre dépêche Yahoo, la seule, d'une ligne, intervenue 6 à 12 mois après le 11 septembre. Un cyclone avait ravagé une île des Salomons, où vivent près de 3000 personnes. Au bout de 24H, personne n'avait de nouvelles des habitants, de cette île isolée du monde, et on attendait qu'un bâtiment de guerre australien faisant route vers l'archipel fasse un premier état des lieux. Au final la population réfugiée dans des grottes comme à son habitude en pareil cas était saine et sauve, bien que l'île ait perdu toutes ses infrastructures. Pourtant pendant plusieurs heures, nous avons cru ces gens rayés de notre planète, 3000 personnes, et cela ne faisait qu'une ligne dans tous les médias que je surveille. La Fontaine a écrit un jour : selon que vous serez puissants ou misérables... Cette vérité me hante souvent (voir la citation en tête de mon blog), et l'actualité n'a jamais cessé de me rappeler que non, vraiment non, "on n'est pas sorti de l'auberge"...


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