On m'a prêté le cauchemar de Darwin en vidéo.
Ce documentaire démarre lentement mais peu à peu vous submerge. Ces images de Tanzanie, simples dans leur répétition, crues dans leur description d'une réalité banale d'un pays qui souffre, finissent par devenir bien plus dures que beaucoup d'images d'attentats et autres horreurs du journal de 20H.
On finit par vraiment se dire que notre monde marche sur la tête : 2 millions de personnes en Europe mangent chaque jour du poisson exporté de Tanzanie, alors que 2 millions de personne y sont sous le péril d'une famine quotidienne. Et ce n'est que le plus léger des exemples suggérés par ce film. Alors ensuite, voir ce que mangent les tanzaniens (les têtes de poissons abandonnées par l'usine, frites après séchage dans des conditions à faire vomir n'importe quel occidental), ça conduit à l'écoeurement et au soulagement. Ecoeurement de voir comment nos sociétés vivent sur le dos de l'Afrique (et autres zones "sous-développées"), et soulagement d'être né dans le confort de nos sociétés riches.
Ce film est à voir, ne serait-ce que pour comprendre ce dicton russe : un pessimiste est un optimiste bien informé...
Car avec l'hypocrisie autour du trafic d'armes, et la gabegie ou le fric dégagé par l'exploitation du poisson local (qui profite à nos économies), on a vite fait de comprendre que notre monde et tous les profits qui s'y organisent font de nous des pions ignorants et le plus souvent impuissants. Ces images me rongent depuis quelques jours, et je ne sais pas ce qui peut être fait pour remédier à ce que j'ai appris. Si vous avez des pistes (je ne les imagine pas considérant l'ampleur planétaire de ce problème "local"), je suis à votre écoute... La situation des prostituées tanzaniennes (toute une partie de la population féminine), les enfants qui sniffent et se battent pour "manger", cela ressemble vraiment à un cauchemar.
On me dit souvent que je suis pessimiste. Je ne peux le nier, mais je ne vous en voudrai pas de vouloir rester optimiste. Mon "choix" n'est pas du tout confortable.
J'ai visité quelques zones du tiers-monde, à diverses reprises, pour différents motifs, et avec des durées différentes. Mais les images des enfants de Tanzanie de ce film m'ont renvoyé à mes pires souvenirs, et parfois au-delà de ce que j'avais accepté de voir sur place dans mes voyages. Par exemple, le Sénégal que je connais assez bien, me semble paradisiaque comparé à ce que j'ai vu dans ce documentaire, alors que je considère déjà que le Sénégal est dans une situation très difficile, au regard de mes échelles de valeurs et de mes connaissances.