
Je cours plus après les concerts, et n'y vais que quand j'y suis invité (faut dire aussi que le prix des places aujourd'hui calme vite même les plus sincères des fans): et puis j'ai pris de mauvaises habitudes avec mon ami ingénieur du son qui me fait y assister en coulisses régulièrement quand il tourne en France.

Mais il y a plusieurs semaines, lors d'un passage à Paris, j'ai vu les affiches pour le concert de Bruce Springsteen ce 27 juin. Hop, voyage dans le temps, je revois les images d'une des deux dates de 1986 ou 1988 à la Courneuve où j'avais assisté avec 40.000 personnes au show de presque 4H du "Boss" accompagné du E Street Band (qui l'accompagne à nouveau sur cette tournée 2008). Frisson. Tentation. Puis frustration quand je pense qu'en plus du billet d'entrée, faut que je rajoute un AR à Paris. Suis-je assez motivé pour sortir tous ces euros pour un concert, alors que la saison de ski nautique qui commence signale un budget essence non négligeable?
J'en pleure sur l'épaule de mon ami qui me dit: "tyou veau"? Ben voui, je veux plutôt, mais est-ce raisonnable... Pas de problème c'est son ancien assistant qui fait la tournée de Springsteen... Et qui lui a proposé de venir voir le show du Parc des Princes (avec une place accompagnateur)... Je promets d'allumer un truc ressemblant à un cierge pour la confrérie des ingénieurs du son, l'entraide entre les techniciens passionnés de musique, et l'amitié entre les peuples. Cette fois c'est décidé, je réserve mon billet de train, préviens la famille, et glisse au passage que si y'a un billet en rabe, c'est pour mon beauf: c'est lui le vrai fan du Boss, celui qui quand j'avais 13 sortait déjà ma frangine, et passait des après-midi à la maison avec ses 33T de Bruce Springsteen. Mais bon avec 3 ados à la maison, les concerts sont des fantaisies qui ont tôt fait de passer par la case "sacrifice".
27 juin 17H: un désistement permet de promettre à mon beau-frère son entrée au Parc des Princes, à moins de 3H du début du spectacle.

27 juin 19H30: on rentre dans le stade, par les coulisses entre les 22 camions et 17 bus de la tournée, loin de la foule. Dans les yeux de fan de mon frère, je vois que c'est Noël. On ne verra pas Bruce backstage, mais des rangées hallucinantes de guitares, des consoles électroniques de gestion technique du spectacle à côté desquelles un cockpit d'Airbus A380 ressemble à un jouet "premier âge", des recoins informatiques où pullulent des ordis portables (MacBookPro exclusivement) branchés sur le système, les magnifiques saxophones de "Big Man Clarence" planqués sous la scène, etc., etc. Après la visite, direction la "golden zone" celle où seuls les fans ayant payé à prix d'or leurs tickets ont accès, juste devant la scène, grâce à nos "pass" qui nous permettent d'accéder à tout le stade. Aucun de nous n'aime la promiscuité, donc on évite les premiers rangs pour avoir un peu d'air, mais on est à 20 ou 30 mètres de la scène, avec le meilleur son de la soirée.

27 juin 21H: Bruce et le E Street Band entre en scène, mettant le feu d'entrée avec "Adam raised Caïn".
Presque 3H de concert porté par le Boss lui-même. A 59 ans il a une énergie étonnante, et s'il ne saute plus à pieds joints sur le piano, il galope pendant tout le show, joue avec le public, livre ses tripes et compense un E Street Band pour qui 20 ans de plus dont une bonne part loin des tournées et de la musique, veut dire un sacré coup de vieux.
Clarence Clemmons, le Big Man, est pathétique, se déplaçant avec peine, foirant l'un des premiers solos. Il tient peu de temps debout, mais nous comblera sur quelques morceaux où on le verra sourire et s'amuser avec quelques percussions. Les autres aussi ont vieilli, et pour certains, beaucoup moins bien que le Boss. Les images en gros plans sur les écrans géants sont peu charitables, et on est loin des souvenirs des stars de rock (forcément) sexys de notre jeunesse.

Restent des chansons qui décoiffent et nous ramènent 20 ans en arrière, un Bruce Springsteen pro, performant, étonnant, généreux sur scène, une scène qui avec 9 musiciens nous propulse un son rock rajeunissant et surpuissant. Presque 3H de bonheur dans les mirettes et les oreilles.


