Vendredi, après avoir vérifié l'amarrage de mon bateau dans le port de
Bandol, à cause
du coup de vent qui nous est tombé dessus, je suis averti qu'un ami au loin a été prévenu par la capitainerie de Hyères que son bateau y est soumis à des vents de force 12, avec quelques risques si on ne retend pas les amarres rapidement.
On a donc filé à Hyères à deux, et doublé les cordages en reprenant tout le mou possible. Effectivement, la force du vent m'a paru 50% supérieure à ce qu'on subissait à
Bandol. A 2m l'un de l'autre sur le pont du bateau, en criant on ne s'entendait pas. Impressionnant de voir tous ces voiliers de sept dix ou quinze tonnes prendre 30° d'inclinaison malgré tous les moyens d'ancrage déployés pour les immobiliser.
Alors à un moment, alors que j'étais couché à l'avant en train d'essayer de fixer une seconde manille sur la chaîne du port, et que le bateau pourtant tendu comme un arc continuait à faire des écarts de deux mètres de côté, j'ai pensé aux femmes et aux hommes qui au même moment étaient dans les 40èmes et les 50èmes du Grand Sud, en plein Vendée Globe. C'était difficile mais j'étais sur un bateau ne bougeant finalement que très peu, et 1/4H plus tard je pouvais prendre un chocolat chaud sur le port de Hyères... Ces marins sont seuls, en train de faire des opérations souvent bien plus compliquées, dans des creux dantesques, sur des bateaux lancés à pleine vitesse, à 2000, 3000 ou 4000 kilomètres de tout abri habité. Ca m'a aidé à finir la tâche, les mains gelés par le vent et les embruns. Car tout d'un coup, c'était facile.
Ces marins sont des professionnels, très bien préparés, remarquablement équipés. Il n'empêche, ces filles et ces gars-là partis pour 3 mois en solitaire sont de sacrés marins, et des gens capables d'exploits difficiles à mesurer devant nos téléviseurs. Puiser dans leurs ressources comme ils le font dans la durée, est exceptionnel. Ca on le savait déjà, mais après ce petit rappel vécu dans le port de Hyères, j'ai eu envie de leur tirer ici mon chapeau.